Pour sa neuvième édition, le Festival national de la littérature et du cinéma de la femme de Saïda met à l’honneur la création féminine contemporaine à travers une double programmation, littéraire et cinématographique. Fidèle à son esprit, le festival célèbre cette année encore les voix algériennes, arabophones et francophones, tout en ouvrant un hommage particulier aux artistes, écrivaines et réalisatrices de Palestine, de Tunisie et d’Espagne.
Une littérature engagée, au croisement des cultures du Sud
La programmation littéraire se distingue par sa richesse et sa diversité, ancrée dans les réalités du monde contemporain. Elle réunit huit écrivaines et poétesses issues d’horizons linguistiques et culturels variés — arabophone, francophone et hispanophone — venues d’Algérie, de Palestine, de Tunisie et d’Espagne.
Les voix féminines engagées y occupent une place centrale. Parmi elles, Karima Mokhtari et Wassila Boussis en poésie arabophone, Tassadit Hariz et Manel Benchouk en écriture francophone. La scène internationale est représentée par l’écrivaine espagnole Ana Pellicer, la Palestinienne Suzane El Kenz, ainsi que les Tunisiennes Wafa Ghorbel et Amira Ghenim.
Les rencontres abordent des thématiques fortes — mémoire, exil, filiation, résistances et mutations sociales — et offrent des espaces de dialogue où les voix se répondent au-delà des langues.
Le programme s’achève par un grand panel bilingue réunissant toutes les invitées autour du thème : « Écrire le monde aujourd’hui : voix féminines et récits contemporains ». Une occasion de croiser les regards et de faire de la littérature un véritable pont entre les cultures.
Un panorama du cinéma algérien contemporain
La section cinéma met en lumière les nouvelles écritures à travers deux compétitions, consacrées aux longs et courts-métrages. Quatorze films composent cette sélection, offrant un aperçu vivant et contrasté d’un cinéma algérien en pleine mutation.
Le festival s’ouvre avec Ahmed Bey de Jamel Choorjeh, fresque historique retraçant le destin du dernier bey de Constantine, figure de résistance à la conquête coloniale française. La programmation valorise également une nouvelle génération de cinéastes, à l’image de Dania Boughenou (Les Tempêtes), Yanis Koussim (Roqia) ou Yacine Bouaziz (Poupiya), dont les œuvres se distinguent par leur audace et leur singularité.
La compétition de courts-métrages révèle, quant à elle, de jeunes cinéastes algériens prometteurs, dont les regards sensibles et libres témoignent d’un renouvellement des formes et des récits.
Les films en compétition seront évalués par deux jurys composés de professionnels reconnus. Le jury long-métrage est présidé par l’actrice Nadia Kaci, aux côtés de l’écrivaine Maïssa Bey et de la productrice Rahma Goubar. Le jury court-métrage réunit Feriel Gasmi Issiakhem, Sara Berretima et le réalisateur Rachid Benallal.
Soutenir la création : la Bourse Zermani
Fidèle à son engagement en faveur des jeunes talents, le festival lance la Bourse Zermani, dédiée à l’écriture de courts-métrages par de jeunes autrices algériennes. Initiée par Sofiane Zermani (FIANSO), cette bourse vise à accompagner l’émergence de nouvelles voix.
Sur 74 projets reçus, 5 ont été sélectionnés. Leurs autrices bénéficieront d’un accompagnement professionnel, d’ateliers et de masterclasses durant le festival, avant de présenter leurs projets devant un jury composé de Meriem Medjkane, Amina Menia et Mina Lachter.
Hommage à Adila Bendimerad
Le festival rend hommage à Adila Bendimerad, figure majeure du cinéma algérien et international. Actrice, réalisatrice et productrice engagée, elle a notamment co-réalisé La Dernière Reine, une fresque historique saluée pour sa puissance narrative. Elle animera une masterclass aux côtés de Feriel Gasmi Issiakhem, offrant un éclairage précieux sur son parcours et sa vision du cinéma.
La Tunisie à l’honneur
La Tunisie est célébrée à travers une sélection de courts-métrages de jeunes cinéastes et un hommage à Moufida Tlatli, pionnière du cinéma tunisien.
Avec Les Silences du Palais, elle a marqué durablement le paysage cinématographique par une œuvre mêlant intimité, mémoire et engagement. Une table ronde viendra prolonger cet hommage en interrogeant son héritage et la place des femmes dans le cinéma tunisien contemporain.
Coup de projecteur sur l’Espagne
Le festival inaugure un nouveau programme mettant chaque année un pays à l’honneur. Pour cette première édition, l’Espagne est invitée avec la projection de Face au vent de Meritxell Colell, un film inédit en Algérie explorant avec délicatesse les liens familiaux.
Soutien la Palestine
La Palestine vit dans le cœur des spectateurs du monde entier, et particulièrement dans celui des Algériens. Cette année, le festival propose trois rendez-vous exceptionnels qui plongent le public au cœur des histoires, des voix et des silences palestiniens, en présence de leurs réalisatrices.
On commence avec Palestine 36, signé par Annemarie Jacir, où l’histoire personnelle se mêle aux tourments collectifs, et où chaque image raconte la mémoire d’un peuple à travers le prisme de l’intime et du politique.
PMet ton âme sur ta main et marche de Sepideh Farsi est un puissant documentaire, où la réalisatrice révèle ses échanges téléphoniques avec la jeune femme qui a documenté le quotidien dans Gaza, avant sa mort, le 16 avril, victime d’une attaque israélienne.
Enfin, la sélection de courts-métrages métrages Women from Ground Zero révèle le talent et la créativité d’une jeune génération de réalisatrices à Gaza. À travers ces œuvres, chaque cadre devient un acte de résistance, chaque récit un cri de liberté, et chaque regard un témoignage vibrant de la vie dans cette région.
Transmettre : une Académie du cinéma
Le festival inaugure également une Académie du cinéma, destinée à la jeunesse algérienne. Gratuite, elle propose des rencontres professionnelles autour des différentes étapes de la création cinématographique, de l’écriture à la production.
Bienvenue au festival !
Ania Mezaguer – Curatrice des Voix littéraires
Nadia Meflah – Déléguée artistique cinéma
Belkacem Mouley – Commissaire du festival


